Depuis que j'ai découvert le triathlon, le but
ultime a toujours été pour moi l'Ironman...Il y a 3 ans, je découvre le
Challenge de Barcelone au cours de mes pérégrinations sur le net: parcours vélo
idéal pour mes capacités, période parfaite... L'idée a trotté dans ma tête un
moment, étant quand même consciente que malgré mon mental assez costaud mon
physique n'est pas vraiment celui de Wonderwoman.
Conseillée et soutenue par mon coach d'une
patience et d'une compréhension titanesques à mon égard, je me suis lancée dans
l'aventure, d'autant plus que plusieurs membres du club, dont lui, prenaient la
décision de s'inscrire aussi!
Quinze jours avant, le stress commence à monter
grave, accentué par la baisse du volume d'entrainement qui me laisse du temps
pour cogiter.
Mais dès la voiture chargée et le départ pour l'Espagne, ça va
tout de suite mieux, la machine est lancée, j'ai fait tout ce que je pouvais
alors il n'y a plus qu'à...
Sur place, on retrouve les copains, ça rigole,
ça charrie et l'ambiance chaleureuse donnerait presque une impression de
vacances...
Vendredi matin: à 9h on se retrouve tous pour
une séance de nat en mer, l'eau est transparente et chaude mais la légère houle
me dit que je vais peut être revoir mes prétentions (1h20 à1h30) à la baisse
pour les 3800m. Ambiance toujours au top,mais mon estomac commence à faire des
noeuds lorsqu'on rejoint le village expo pour le retrait des dossards et cie: la
vue du parc à vélo, les tapis rouges, tous ces athlètes, des vélos hallucinants
me font vraiment me demander ce que je fais là.
Je suis heureuse comme une gosse quand la
charmante bénévole me donne mon sac avec tout le matos nécessaire à la course ;-)
Visite du village expo où on pourrait bien faire
exploser la CB, ballade en ville et retour au camping pour repas et repos. RV
dans l'aprem pour une petite reco du circuit vélo en groupe.
Et là, re stress:
c'est pas si plat que ça, du moins pour le début et je continue à croiser des
montagnes de muscles sur des vélos de CLM magnifiques... C'est clair, je me sens
pas à ma place avec mes jambes de troll, qu'est ce que je fous là, j'ai encore
eu les yeux plus gros que le ventre...Mais le coach est là, attentif, comme d'hab, il
trouve les bons mots et insiste sur la nécessité de rester concentrée sur chaque
partie, de ne jamais me disperser et ça, pour moi, ça va pas être facile car je
privilégie toujours l'aspect festif sur les courses, quitte à perdre du temps,
le plaisir reste primordial! Néanmoins, là on joue plus dans la même cour et si
je veux finir, je vais faire ce que je fais depuis des mois: suivre à la lettre
près ce que me dit le coach!
Samedi 16h, avec mon chéri ( je passe sur sa
patience d'ange depuis des mois...euh voir depuis 15 ans d'ailleurs...C'est
l'homme de l'ombre, la force tranquille, mon chéri à moi quoi!) dépot du vélo
dans le parc: je suis super bien située, 2ème de la rangée, juste après celle
des pros à la sortie de la tente de transition. Re ballade au village expo, je
réfrène mes envies, mon cadeau, je l'aurai demain à 8h34!!!
Soirée calme, je
prépare mes sacs, mon matos, tente d'organiser ma cervelle en ébullition et
m'endors comme une masse dès la tête posée sur le lit.
2 octobre: levée à 6h30, petit déj avec le pain
d'épice spécial longue distance, café, et hop j'enfile la trifonction,
les baskets, une veste car ça caille un peu...Les sacs sont prets à être déposés
dans la tente, un Red Bull à la main suis parée , je me dirige vers le parc à vélo...
On enfile les combi et on rejoint le point de
départ sur la plage, quelques mots avec les copains, on appelle déjà les pros,
ça arrive vite dans 4 minutes c'est aux filles........
ça y est, on passe dans le sas, la mer est
calme, un coup de feu..........Et boum c'est parti!!!!!!! L'eau est super bonne,
ça ne bouge pas, par contre pour voir les poissons on repassera ya surtout des
mains, des pieds et ça sera encore pire quand les hommes vont commencer à me
rattraper. Je gère avec calme, me concentre sur mes passages de bras, aucune
idée de mon allure mais je force avec modération, histoire de pas y laisser trop
de jus et les bras me seront très utiles sur la cap.
Je regarde mon chrono 9h34,
déjà une heure de nat' je ne l'ai pas vu passer et déjà en ligne de mire la
bouée qui indique le retour vers la plage. Au bout de quelques minutes je la
contourne, à l'occasion passage en jambe de brasse pour éliminer ceux qui décide
de nager sur moi... Un bonnet rose un peu trop près me colle sans le vouloir un
coup dans l'oeil droit, m'enfonçant les lunettes dans l'orbite, je les redresse
en vitesse mais l'oeil me fait mal et n'y voit plus trop bien...Bon, pas grave,
il m'en reste un, on gèrera ça plus tard. Je sors de l'eau, 1h21 à mon chrono!!!
Pile Poil ce que j'avais osé rêvé, ça dope à l'adrénaline! Je trotte jusqu'à la
tente, les filles du club sont là et m'encouragent, génial, faut être à la
hauteur.
Transition tranquille et organisée, me tarde
d'être sur le vélo, de sortir de la ville et d'attaquer les parties roulantes.
Je me sens bien et pour une fois, je me trompe pas de sens, je tombe pas,
m'emmèle pas les pinceaux...Ouf!
Sortie du parc à vélo, la portion en ville
présente tout ce que j'aime pas, bandes blanches, ronds points, dos d'ânes, mais
le public est chaleureux alors on oublie les points négatifs.
Passage du rond
point où il me faudra revenir 3 fois avant de poser le vélo, 2ou 3 côtes ou je
passe le p'tit plateau et à l'attaque: la nationale en bord de mer nous
appartient.
Des vélos partout, une mer émeraude, température
idéale, le vent léger ne me gène pas, les jambes tournent toutes seules, le
compteur est entre 33 et 37km/h. Je me promet qu'au premier signe de fatigue je
ralentis, mais j'ai pas envie d'avoir de regrets pour la partie vélo, je sais
que c'est là que je peux le mieux me débrouiller.
Premier ravito, pause pipi histoire d'être
tranquille, je suis les conseils unanimes: je m'alimente à chaque ravito, je
prend mes gels, je bois.
Retour vers Callela, le vélo roule tout seul,
les jambes tournent, je m'éclate vraiment trop!!! De retour à la partie plus
vallonnée, je préfère y aller mollo quitte à monter à 10km/h. Premier tour: ça
c'est fait, je m'oblige à ne pas regarder la moyenne de vitesse, pour ne pas
prendre un coup au moral ou m'enthousiasmer...
Retour sur le plat, oups, je
plafonne à 27, un peu de mou dans les guibolles, je force toujours pas en
espérant que ça revienne tout seul et après le demi tour le vélo recommence à
s'envoler.....Ok, compris, devait y avoir du vent, je mets ça dans un côté de ma
tête pour le dernier tour...A nouveau le rond point de Callela, je vois enfin mon chéri, on échange 2 mots et ça repart pour le dernier tour, déjà 130kms
avalés, je m'autorise à regarder le compteur: plus de 28 de moyenne....WhhoOo,
le boulot ça paye, j'ai toujours pas l'impression de forcer, c'est de bon augure
pour la cap (avec 6 marathons secs à mon actif, j'ai conscience que ça sera la
partie la plus difficile pour moi, c'est tellement aléatoire)!
Dernier tour comme dans un rêve, je pense aux
autres qui ont dû déposer leur vélo, qui courent déjà...J'ai un peu peur d'avoir
les jambes qui flanchent à la descente du vélo, à force de regarder des vidéos
où les gens s'effondrent ou titubent, mais bon, je m'arrête à la ligne, les
cuisses un peu lourdes mais je trottine avec le vélo à la main, l'accroche à son
emplacement et regarde le compteur: 6h20 pour 182kms... Quoiqu'il arrive, j'ai
déjà 2 bons points sur 3 et je nage dans la béatitude.
Retour dans la tente, je pose la tri, enfile le
cuissard de cap, les baskets, GPS en route, départ prudent au milieu d'un public
hyper chaleureux, premier kil' le long de la mer sous les bravo, c'est grisant,
je tourne à gauche et là, ouille passage sous un pont descente et montée courtes
mais qui piquent juste à la sortie du vélo.
Virage
à gauche, et devant moi s'étend la route, ligne droite sans fin parsemée de
coureurs à la foulée soit tonique, soit limite titubante, déjà. Je me sens bien
et me dis que ce que je tiendrai sera déjà ça alors je me met sur pilote auto,
entre 9 et 10km/h, je m'arrête à tous les ravitos, même si j'ai pas envie, il
fait chaud je dois m'hydrater.
Pour
aller jusqu'au bout, mon énergie doit rester concentrée sur un seul et unique
but, quitte à avoir l'air carrément désagréable quand je croise le groupe de nos
patients supporters qui n'ont pas flanché d'un poil, toujours autant de vigueur
et de sourires
Premier demi tour et un constat: il est
tristounet ce parcours cap, isolé sur la fin, mais les bénévoles sont adorables,
et quand je vois l'état de certains, je me dis que je m'en sors pas si mal, je
marchouille le temps de manger et retour au premier 10kms en 1h04.
Passage sur la tapis rouge, dire que dans 30
bornes, j'aurai le droit de faire ce petit demi tour de plus qui m'amènera à la
Finish Line mais là faut repartir et redoubler de concentration car les jambes
se font flemmardes, coup d'oeil au GPS 8km/h poussifs...Ben, à cette allure, ça
va être long mais je continue, un oeil sur les copains que je croise, certains
souffrent, ça se voit;
Deuxième tour, certains passent la ligne sous
les bravos, des mains se tendent vers moi, je les ignore, il me reste un semi et
je garde mon énergie pour les 10kms suivants. Les guibolles en mode auto autour
des 8km/h, de rares pointes à 9 et ça commence à descendre de plus en plus
souvent autour des 7km/h, j'arrête de manger, j'en veux plus et mon estomac
commence à protester. Pas de douleur, juste la fatigue, oubliée le temps du
passage devant nos supporters face au camping..
Retour sur le tapis rouge, ça
veut dire que dans 10kms, j'aurai atteint mon rêve...Pffiou, ça booste l'esprit
mais les jambes font de la résistance, sans jamais marcher mais à une allure de
ralenti de cinéma...Tant pis, le temps on s'en fout, je touche le rêve du bout
des doigts et j'ai 10kms pour préparer mon arrivée.
Celle là, je l'ai rêvée, j'en ai vu des
centaines à la télé, je sais que le public est là depuis des heures, qu'il est
chaleureux, que Thierry est là même si ça fait un moment que je ne l'ai pas
vu...Dernier kil', je vais arriver autour des 13h15 alors que je partais pour
14h ou 15h, inimaginable!!! Je retrouve le public, m'autorise à répondre, à
sourire, à remercier.
J'aperçois le parc à vélo que je dois longer, je
tourne à gauche, la foule est toujours là, aussi chaude!
L'arrivée fait un S, je leur fait un show, leur
fait lever les bras, c'est l'euphorie je me découvre encore plein d'énergie: il
a bien mérité du spectacle, ce public qui nous encourage depuis des
heures...Derniers metres survoltés, je passe la ligne en sautant comme un
cabri......Une seule pensée: "je re-signe, sans me poser de question, l'Ironman
a été inventé pour moi".
Thierry est juste là, les supportrices
aussi...Ils ont été tellement formidables!!!
13h16 de pur bonheur, plus un doute dès que j'ai
mis le premier pied dans l'eau, tellement de plaisir que je n'ai pas le
sentiment d'avoir accompli un "exploit"...Je serai encore plus touchée et
étonnée par tous les messages que je recevrai à mon retour en
France.
Moralité s'il en faut une, ne jamais se dire que
c'est impossible sans avoir au moins essayé!