Toute personne de
mon entourage le sait, je l’ai assez dit et répété…. Le premier objectif majeur
de la saison 2011 sera le marathon du Mont Blanc… Des heures d’entraînement et
des kilomètres de dénivelé depuis plusieurs mois pour en arriver là… le 25 juin
2011, à Chamonix au pied de ce monument à la renommée Internationale…
J’ai encore embarqué
mes deux acolytes, Patou & Régis, dans ce nouveau périple… Comme d’habitude,
ils me permettent d’être moins tendu, moins fixé sur mon objectif mais je ne les
suis pas jusqu’à la méga glace de veille de course…
Nous sommes donc là
tous les 3, prêt à en découdre avec les 42 kilomètres du parcours et ses 2500m
de D+… A noter que les données GPS seront très proches des distances et
dénivelés annoncées. Une précision très importante pour la gestion de ce genre
de course.
La nuit a été courte
dans le camping-car des parents de Régis – que je remercie au passage – et à 5h
du mat nous sommes tous les 3 au petit-déj… Les yeux encore pleins de sommeil
nous pensons déjà à la magnifique journée qui nous attend avec, qui plus est, de
bonnes prévisions météo.
Le temps de
tout préparer, de retrouver l’autre Greg et de déposer les sacs, nous voilà
parmi les 2200 concurrents dans l’aire de départ. Chamonix se réveille
bruyamment en ce dimanche matin. A 7h00, le départ est donné dans une ambiance
de boîte de nuit…
Les premiers
kilomètres sont rapides… L’ambiance et les nombreux encouragements du public,
massé le long du parcours font quelque peu oublier que nous sommes partis pour
plusieurs heures… Comme je le craignais la veille, les premiers kilomètres sont
très roulant… Quelques bosselettes où je marche pour m’économiser mais rien de
bien méchant.
Argentière – KM 10 (400m de D+ / 170m
D-)
Le peloton s’est pas
mal étiré sur la première heure de course. C’est surprenant de faire du 10km/h
de moyenne sur une course de montagne. Ca ne va pas durer. Je décompte, dans 7
km, on commence les hostilités.
Le public, toujours
aussi nombreux, nous encourage et une bénévole m’annonce que je suis dans les
350ème. Surprise et crainte d’être aussi bien placé : ne suis-je pas
parti trop vite ? Ne vais-je pas le payer plus tard ?
Pas le temps de
tergiverser, deux petites bosses (dont le col des Montets) et on redescend sur
le premier ravitaillement : The show must go on !!!
Vallorcine – KM 18 (677m de D+ / 435m
D-)
Cela fait un certain
temps que l’on entend les percussions… Le premier « vrai » ravitaillement a
des allures de fête. Les bénévoles, aussi serviables que souriants, les buffets
complets donnent envie de prolonger la pause. Néanmoins la course, au sens où je
l’entends, commence, je sais que dans quelques hectomètres l’ascension des
Posettes va démarrer.
Je sors du ravito,
un petit pas de danse avec le groupe et hop on arrête de courir. La pente est
très raide, les mollets, pourtant chaud, ont du mal à s’habituer et ça tire sur
les premiers mètres. Très vite les concurrents luttent contre une pente
impressionnante… Je dis merci aux bâtons et commence mon ascension. La fréquence
est bonne et je double un certain nombre de concurrents. Dès que la pente
redevient plus « humaine », nombreux sont ceux qui reprennent la course. Je
m’interroge mais privilégie de garder un bon rythme de marche. On joue à
l’accordéon mais le groupe qui s’est formé reste ensemble. Peu de coureurs
parlent et le public se fait rare et pourtant… A presque 2000m d’altitude, une
chanson du groupe Téléphone raisonne dans la montagne…. Ce n’est pas la version
originale, non !!! C’est bien quelqu’un qui joue, là, au ravitaillement des
Posettes, pour notre plus grand plaisir….
Col des Posettes – KM 22 (1305m de D+
/ 449m D-)
Une boisson rapide,
un dernier clin d’œil au guitariste et… et bien il y a une ascension à terminer…
Oh, ce n’est pas une surprise, on la voit depuis longtemps, mais elle semble
terrible !!! 200m de D+, dans un décor de rêve pour les yeux et de cauchemar
pour les cannes…. Un sentier – si l’on peut le nommer comme tel – aux marches
irrégulières et à l’appui précoce. Il en est même impossible de profiter de ce
paysage de rêve ! A l’Aiguillette (toit de la course) et alors que j’avais
encore de très bonnes sensations au col – une quinzaine de minutes plus tôt -
j’ai mon premier coup de moins bien. Les jambes sont raides, la fatigue me tombe
dessus presque spontanément…. Pile 3h de course… Oh mieux, je suis à la moitié…
Aie !!!
J’entame la
descente, sans que la pause au sommet m’ait permis de récupérer. Je ne me sens
pas bien, les muscles sont tendus, la foulée lourde… La chute est proche à
plusieurs reprises…. Je décide, par la force des choses, de descendre
prudemment… Place au calvaire psychologique… Les coureurs n’arrêtent pas de me
doubler (je passe de la 289ème place au col à la 320ème au
pied de la descente), les lacets sont interminables. La technicité des premiers
kilomètres a fait place à une descente plus roulante, mais je ne parviens pas à
me libérer. Je n’avance pas !! Je ne double que deux concurrents sur l’ensemble
de la descente, 1 sur chute, l’autre sur abandon… C’est tout dire ! Le moral
n’est pas bon, et le physique non plus…
Les premières
clameurs qui me parviennent et les toits du village que je perçois me remontent
un peu le moral… et la descente se termine par des encouragements qui donnent la
chaire de poule. Les dossards nominatifs permettent au public de nous encourager
par notre prénom, ca fait un bien indéfinissable… Je leur ai même dit !
Le Tour - KM 27 (1584m de D+ / 958m
D-)
Pas de
ravitaillement, mais du monde partout, des encouragements, des félicitations, ca
transcende. Je marche un peu pour manger et tenter de récupérer… Je fais
connaissance de Guillaume (j’avoue ne pas être certain du prénom mais on va dire
que c’était cela). 5ème Marathon du Mont Blanc, on discute et il me
dit que nous sommes sur des bases de six heures car, en admettant en avoir
encore sous la semelle, il faut compter deux heures pour les dix derniers
kilomètres… Me voilà prévenu… Je le laisse un peu plus loin et reprend
l’alternance marche / course jusqu’au ravitaillement. Je me suis refait une
petite santé.
Tré-le-Champ – KM 31 (1636m de D+ /
1280m D-)
Les conseils de
Guillaume aidant, je fais une vraie pause : ravito solide et liquide, je remplis
les bidons et transfère mon ravito du sac à la poche avant. Psychologiquement,
je repars pour une nouvelle course de 2h. Je suis, dans la tête, un coureur tout
neuf. J’entame une succession de montées / descentes qui m’empêchent de trouver
un rythme. Les autres concurrents courent plus que moi mais je les rattrape
systématiquement dès que le chemin s’élève. Quand on attaque réellement la
montée de La Flégère, je parviens encore à garder du rythme (VA > 500m / h),
les jambes sont revenues et le moral est au beau fixe, ca commence à sentir la
fin.
La Flégére - KM 37 (2218m de D+ / 1402m
D-)
C’est le dernier
ravitaillement… On pourrait croire que c’est gagné mais, non… Si on regarde au
loin, ou même si on écoute un peu, on voit et entend l’arrivée… A vol d’oiseau
c’est tout près mais il ne reste pas moins de 5km – beaucoup et peu à la fois -
et 400m de D+ / 200m de D-. Le paysage est grandiose mais j’ai un peu de mal à
trouver la motivation quand un bénévole m’annonce que je suis 288ème.
Le moral ca tient vraiment à peu de choses… Me voilà regonflé (pour la nième
fois de la journée), je bois un coup, blague un peu avec les bénévoles, me rince
la bouille et me mouille la casquette (bonne idée les bassines d’eau au passage)
et repart. Je n’ai alors plus que deux idées en tête, finir dans les 300
premiers et passer sous les 6 heures…
Mes jambes ne
veulent plus vraiment courir mais je ne les écoute pas, je reste déterminé les
yeux rivés vers le ciel et cette arrivée qui me tend les bras. Les crampes au
pied de la dernière bosse ne changeront rien, pas même les trois ou quatre
concurrents qui me doubleront… Les kilomètres défilent, je suis gonflé à bloc,
heureux d’être capable de ce que je suis en train d’accomplir. Au pied de la
dernière difficulté (moins de 2km mais presque 200m de D+) il me reste trente
minutes. J’attaque en tentant de conserver une bonne fréquence de bâtons, je
double encore et toujours, le public est nombreux et nous encourage de toute sa
voix… Le speaker annonce que la barrière des six heures approchent, il ne me
reste plus grand-chose mais je doute encore… Un concurrent que je double me dit
que ca va le faire… Dernière rampe, derniers cris, un œil au chrono officiel,
5h53 et quelques secondes… j’y suis, je l’ai fait et je suis dans les 300
premiers !
Planpraz – KM 42 (2611m de D+ / 1650m
D-)
Je suis simplement
heureux ! Mon autosatisfaction est presque indécente. Mon chrono personnel me
fera passé sous les 5h53 mais peu importe. La satisfaction est là.
284ème d’une course comme celle-ci, je n’en reviens tout bonnement
pas.
Je récupère une
dizaine de minutes avant de, enfin, profiter pleinement de ce paysage grandiose…
J’attends ensuite avec impatience mes deux compagnons d’aventure qui finiront
tous les deux et c’est là que le sport est beau !!! 3 amis, 3 finishers… Ma plus
grande satisfaction… Patou s’est fait violence pour terminer alors qu’un gros
coup de moins bien à la Flégére aurait pu l’arrêter (pas mal pour un routier) et
mon Régis s’est surpris à passer aussi bien une telle course. Tout le monde sera
heureux et c’est le sourire aux lèvres que nous descendons tous les quatre
(L’autre Greg sera aussi parmi les finishers de cette édition 2011) sur
Chamonix.
Un grand merci à
l’organisation (parfaite), aux bénévoles et à tout le public présent que je n’ai
cessé de remercier durant ces presque six heures de course.
Je repars des images
plein la tête, des certitudes sur mes capacités mentales et physiques mais aussi
de nombreuses informations pour continuer à progresser et m’attaquer à de
nouveaux objectifs plus longs et plus hauts… Alors, rendez-vous à Chamonix dans
un peu plus d’un an à l’arrivée (je l’espère) de la CCC 2012 !